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Pensée du moment

"Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde".
Mohandas Karamchand Gandhi
1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 20:51
Un récent billet de B&M m'a fait bien réfléchir ces derniers temps. Son billet parlait de s'arrêter un peu de courir les jupons pour se construire. Se construire... Aussi loin que je me souvienne, c'est une réflexion que je me suis toujours faite après une rupture.

Quand j'ai cassé avec Alice, je me souviens m'être retrouvé comme un con, ayant mis bien à distance tous mes amis proches (l'erreur du débutant des relations longues me direz vous, oui, je ne la fais plus depuis un baille). Durant cette période bien difficile, je n'ai entendu qu'une phrase "Tal, il est temps pour toi de te construire". Diantre, il était vrai que, bien qu'étant passionné de plein de trucs, je n'avais jamais vraiment fait grand chose de ma vie. A part mes études plutôt réussies, et le fait d'avoir vécu à l'étranger, je n'avais jamais eu de projet façon mec un peu bohème qui va se la ramener avec sa n-ième mission humanitaire lors d'un apéro chez les potes, ni de projet d'aller explorer le Guatemala en short avec un seul t-shirt et un sac à dos déchiré (mais de marque, ça fait mieux). A l'époque donc, je me souviens aussi m'être demandé ce que je voulais faire de tout ce temps libre et de ce vide intersidéral qu'était devenu ma vie, véritable désert volcanique  peuplé de ma solitude,  de moi et de la trilogie su samedi soir (c'est beau ce que j'écris!). J'ai donc fait plein de choses, et sui devenu, sur le papier, une véritable homme orchestre des activités extraprofessionnelles : en plus d'être rentré dans un groupe de rock au boulot, je suis progressivement devenu un véritable magasin décathlon ambulant : équitation, surf, planche à voile, tennis, tout ce qui me bottait de loin et même de très loin y est passé. C'était bien, oui, mais tellement artificiel et si peu moi.

Si j'adore les chevaux, faire du saut d'obstacle me paralysait parfois. Le surf, même si les sensations sont vraiment sympas, est d'une part un sport de galérien : il faut ramer comme une brute pour passer la barre, avant de faire la queue pour prendre sa vague attitrée, qui a une chance sur deux d'être "molle" ("y'a pas de power today, mec, ça envoie pas du gros ") et donc de ne rien faire d'autre que de vous ramener... mollement, de l'autre côté de la barre qu'il va falloir repasser. D'autre part, c'est aussi un sport de blond décoloré qui se la pète un peu (sûrement fatigué de se prendre des vagues molles et de ramer contre les rouleaux) au bar en expliquant tous les méga-tubes qu'il s'est pris... on se demande bien quand. La planche à voile, moins un sport de branlos mais tout de même un peu, nécessite quand même un peu d'entraînement pour devenir bon, mais je trouve que c'est un des sports les plus sympas que j'ai essayé. Le tennis aussi était très bon mais me donnait bien des tendinites, et jouer par 42 degrés sur un cours me fatigue un peu, en plus de me lyophiliser assez rapidement.

A cette époque j'ai eu la chance de rencontrer des personnes qui sont devenues de super amis depuis, et j'ai rencontré Kathy, alors même que ma motivation dans mon processus pourtant résigné de "construction" était quasiment inexistante, pour ne pas dire totalement morte. Me sentais-je plus "construit"?

Non sûrement pas, j'avais même l'impression de m'être attribué une personnalité de mec ultra  sportif prêt à sauter dans le premier avion pour aller sauver un bébé baleine au Groenland qui ne me correspondait pas trop. Si je ne suis pas pantouflard non plus, que j'adore voyager, que j’aime le sport, et que je suis encore moins insensible à la condition des mammifères marins, je sais aussi que je suis quelqu'un de cérébral et d'assez intérieur.

C'est Kathy qui m'a aidé à me recentrer sur mes envies, mes attentes, ce qui faisait de moi  ce que je suis : quelqu'un de sensible, qui aime explorer sa pensée, réfléchir, divaguer, refaire le monde, aider ses proches, et profiter du quotidien plutôt que de le subir. Ca peut paraître débile et méprisable, mais me réveiller peinard un dimanche matin, bouquiner au pieu, me faire une bouffe aux chandelles avec ma douce ou encore aller boire un verre avec des potes me comble infiniment plus que de me faire un ride jusqu'en Corse par force 8. Cette part intérieure de moi, bien qu'ayant toujours été présente, avait curieusement été masquée par ce processus de construction entamé après ma rupture avec Alice, alors que celle-ci était censée me révéler. Kathy, m'a finalement plus appris que tout ça, que le cheval, le surf, la planche, le tennis, le catalogue UCPA, et , comble de tout, m'a fait énormément voyager, mademoiselle étant Londonienne de son état. Kathy m'a même fait redécouvrir mon amour de la photo que j'avais un peu trop tendance à laisser de côté dans ma décathlonite aigue.

Après ma rupture avec Kathy, encore une fois volontaire, ma vie était moins un désert, mais ce sentiment de manque de personnalité m'a encore une fois envahi, et donc le démon de la construction extraprofessionnelle s'est à nouveau emparé de moi. Catalogue UCPA à la rescousse, je me suis remis à faire travailler mon corps : tennis, planche, et même muscu 3 fois par semaine suffisamment intensive pour me ruiner le dos et écoper de 15 séances d'ostéo. Puis j'ai rencontré Soledad et tout ça est plus ou moins retombé une fois encore : la photo est revenue au premier plan, et le voyage (billets d'avions ci-joint, pour ceux qui suivent) est devenu presque le but d'une année de travail.

Aujourd’hui, après cette rupture avec Soledad, je suis à nouveau devant le fait accompli qu’à 30 berges, je ne sais toujours pas bien qui je suis. Certes, j'ai progressé, et j'ai dans mes gènes (ou ailleurs d'ailleurs) une partie de caractère bien carrée qui sait ce qu'elle veut, mais je sais que j'ai aussi toujours une dose de personnalité malléable et influençable qui me fait me poser mille questions à chaque choc sentimental plutôt que de me conforter dans mes buts et aspirations. Je reste perplexe quant aux conseils de "se construire" car, à chaque fois que j'ai essayée, c'était pour m'engager dans des voies qui n'en étaient pas et qui en tous cas ne me correspondaient pas vraiment. A fortiori, je me demande même si ce n’était pas tout simplement pour m’occuper, ou encore me donner une vie sociale.

Qu'est ce qui nous aide à nous construire? La réponse va paraître bien clientéliste à mes lecteurs les plus fidèles, mais pour moi ce sont les femmes. A coups sûr ce sont elles qui m'ont aidé à comprendre ce que je cherchais dans la vie, ce qui me motivait et qui j'étais, au moins partiellement, à défaut de savoir exactement qui je suis, et ce que je veux. Mieux, toutes m’ont appris ce que je ne veux pas. Elles ont toutes plus ou moins magnifiées une partie de moi, une passion qui auparavant était tranquille, mais qui avec elle est devenue un véritable pan de ma vie.

A mon avis les conseils du type "profites en pour te construire" ne doivent pas occulter le fait que ce sont les autres qui font de nous ce que nous sommes, et que ce sont les personnes les plus différentes qui nous en apprennent souvent le plus sur nous.

Taliesin

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Published by Taliesin - dans Comptoir
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commentaires

Marie furcajg 04/08/2010 13:14



Qui suis-je? oui bonne question. Qui reste sans réponse. Et c'est mieux ainsi. J'aime ce texte.Chaque personne est insaisissable dans sa profondeur. Ne peut-être perçue que dans les résultats de
ses agissements, c'est-à-dire dans les apparences. . La vie, comme le fleuve, est toujours le même et jamais le même qui passe sous le pont. Bof! on essaie quand même d'être au plus près de
sa vérité.


Amitiés.


Marie 



Sixmone 16/07/2007 14:35

Faire du cheval ne se résume pas au saut d'obstacle!! si tu aimes les chevaux je te conseille de te pencher sur "l'éthologie", autrement dit "les chuchoteurs", depuis que j'ai commencé je ne peux plus m'en passer, c'est une bonne école pour apprendre à se connaitre, à faire passer des émotions....j'y ai trouvé un équilibre (j'ai l'air d'une andouille là? hein? bon je retourne à mon travail) . Sixmone

manu 08/06/2007 17:06

Oups [...]. Bien d'accord pour le révélateur chez ceux qui nous sont le plus différent, ça donne souvent des clashs mais bon. J'étais à une petite conférence il y a peu par une japonaise qui causait "d'être soit-même", ça va un peu plus loin que de se demander qui on est. Question de l'assumer entièrement, d'abord, pour pouvoir en changer, en reconstruire, ensuite.A+.

manu 08/06/2007 16:55

Salut tal.

Z. 04/06/2007 08:28

Le monde, les gens que je recontre, des hommes et des femmes [surtout], le bien et le mal qu'ils me font.. ma soeur et ma maman, et puis, des films et des livres.. la vie..
 

Taliesin 06/06/2007 21:58

ouais... la vie... c'est bien dit! Bisous Tatiana ;)Tal

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