Allez comprendre. Il y a des soirs où certains changements en gestation lente chez vous depuis des années vous apparaissent soudainement des réalités bien solides. Prenez l'exemple de la sociabilité dans une soirée où vous ne connaissez quasiment personne, sinon deux trois individu(e)s que vous auriez croisés dans d'autres soirées identiques et avec lesquelles vous n'auriez échangé aucune idée d'une profondeur nanométrique supérieure à vos métiers respectifs.
Quand on a 25 ans, dans ce genre de soirée, on fait le pitre pour se faire remarquer. En tous cas, étant plutôt de nature extravertie, c'est ce que je faisais. On va vers les autres, on essaie de s'intéresser à leur histoire, leurs problèmes, leurs opinions. On rigole forcé de leurs petits traits de cynisme visant à casser les autres, et à ce petit jeu de massacre qui m'exaspère passablement, on en sacre l'espace d'un instant le plus virulent roi de la meute pour qu'il nous lâche la grappe qu'il tient malheureusement des deux mains bien serrées.
Que voulez vous. Il faut briller un peu pour se distinguer du lot, paraître ouvert, sociable.. quoi, désirable ? Oui, certainement. On sait bien que dans la majorité des cas, la fin de la soirée sonnera le glas de ces rencontres jetables, même celles qui nous ont paru agréables, sans parler d'une bonne partie d'entre elles, totalement superficielles et dénuées d'intérêt, hormis peut-être purement physique.
Et puis voilà, un beau jour, à 31 ans donc, pour moi, on se rend compte qu'on n'a plus envie. On va en soirée, mais on ne veut plus faire du social. Une partie des gens, une majorité disent certains, n'a rien à dire d'autre que des banalités à côté desquelles les commentaires météos de mon gardien d'immeuble, au demeurant fort sympathique, passent pour de la philosophie kantienne de haut vol. Et cette majorité, aussi féminine soit elle, aussi jolie soit elle, aussi tentante soit elle, ne m'intéresse plus.
Alors on ne va plus vers les autres si ils ne viennent pas un minimum vers vous, on ne s'intéresse plus à leur histoire, leurs problèmes, leurs opinions, car tout cela est à sens unique et d'une durée de vie si courte qu'on sait que l'on n'a quasiment rien à en apprendre. On ne rigole plus des traits de cynisme du bachelor local qui nous casse les couilles, on ne sacre plus de roi de la meute qui n'ose même plus nous regarder de peur de s'en prendre une. On ne cherche plus à faire rire la pinup locale en espérant pouvoir en obtenir le numéro. On en joue plus cette petite comédie débile qui prend place sous nos yeux non pas par envie commune, mais par ennui commun, tout simplement parce qu'on a vécu trop de fois cette même longue soirée stérile. On pourrait penser qu'on se fait chier, mais en fait, non. On regarde, en se disant que si tout le monde ne jouait pas ce jeu superficiel inutile, la soirée serait sûrement plus sympa. Parfois une autre âme en peine vient nous rejoindre et la soirée s'élève enfin de ce flot de mondanités plates et réchauffées.
J'avais déjà constaté ça sur les rencontres dirons nous galantes : les rencontres où l'homme a tout à faire m'exaspèrent au plus haut point. Pour tout dire, c'est devenu un critère d'élimination. Les femmes qui veulent se faire conquérir ne m'intéressent plus du tout. Si elle ne montrent pas un minimum d'intérêt pour l'homme et d'engagement dans une potentielle relation, à quoi bon continuer, quelles bases cela jette il pour un futur commun ?
Et il y a un moment où l'on n'a plus peur de choquer, de ne pas plaire, de ne pas penser ce qu'il faudrait penser pour paraître bien.
A 31 ans, on n'a plus peur d'être soi, de ne pas rire quand on trouve la blague nulle, de ne pas débiter sa vie à une inconnue qui paraît jolie mais un peu bête. Est-ce ça être adulte ? Aucune idée, mais en tous cas, ça fait du bien.
Taliesin
PS : Chez Blanche,
on n'aime pas les couches de vernis non plus.




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